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Maillot de foot rose : histoire et repères

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Maillot de foot rose : histoire et repères

Le maillot de foot rose n’a rien d’une fantaisie récente. La Juventus a joué en rose pâle dès sa fondation en 1897, Palerme a adopté le rose et le noir en 1907, et l’Inter Miami en a fait le socle de son identité en arrivant en Major League Soccer en 2020. Entre ces trois repères, la couleur a traversé un siècle de mode, de règlements et de contraintes textiles.

Un siècle avant l’Inter Miami, la Juventus jouait déjà en rose

L’histoire commence par un accident de teinture. Fondée en 1897 par des lycéens turinois, la Juventus porte alors des chemises rose pâle. Le tissu tient mal : la couleur file au lavage et vire à un blanc sale, au point que le club cherche un remplacement. En 1903, John Savage, joueur anglais de l’effectif, sollicite une connaissance restée en Angleterre pour obtenir un nouveau lot de maillots. Ce lot arrive de Nottingham, aux rayures noir et blanc de Notts County, et l’identité du club bascule pour toujours.

Ce détail éclaire une part de la rareté du rose dans le football ancien. La teinture des textiles du début du vingtième siècle tenait mal les nuances claires, et un rose lavé plusieurs fois devenait rapidement indéfinissable. Les équipes qui voulaient une couleur stable choisissaient des teintes plus profondes, ou le blanc, qui ne demandait aucune teinture. La contrainte matérielle a donc écarté le rose bien avant que le goût s’en mêle.

Palerme fait figure d’exception durable. Le club sicilien joue en rouge et bleu à partir de 1900, puis prend le nom de Palermo Foot Ball Club en 1907 et adopte le rose et le noir pour la saison suivante. Le surnom rosanero naît de là, et la combinaison n’a plus bougé depuis. Une explication circule beaucoup, celle de l’amer et du sucré associés aux liqueurs d’un notable anglais de l’île ; elle relève du récit transmis, et les sources encyclopédiques n’en gardent pas trace. Le fait établi tient à la date et à la permanence.

Ce mélange de faits datés et de légendes reconstruites vaut pour la plupart des identités chromatiques du football, un point détaillé dans notre article sur l’origine des couleurs des clubs.

Les équipes qui jouent en rose aujourd’hui

Maillot de football rose et noir suspendu à un cintre dans un vestiaire

Peu de clubs assument le rose comme couleur principale, et la liste tient en quelques noms. Palerme le porte à domicile sans discontinuer depuis plus d’un siècle. L’Inter Miami, fondé le 28 janvier 2018 et engagé en Major League Soccer à partir de 2020, a construit toute sa charte autour de cette teinte : selon le club, elle évoque le ciel du sud de la Floride au coucher du soleil, et se retrouve sur les pattes des hérons de son blason. Nuance utile, son premier maillot domicile était blanc à touches roses, tandis que le jeu extérieur, baptisé RosaNegra, jouait le noir rehaussé de rose.

Les autres apparitions relèvent de la collection ponctuelle plutôt que de l’identité. Quelques exemples reviennent souvent :

  • Everton, avec un maillot extérieur rose vif souligné de noir lors de la saison 2010-2011, sous contrat avec Le Coq Sportif ;
  • le Real Madrid, dont la tenue rose de la saison 2014-2015 a été portée par les cadres de l’effectif ;
  • la Juventus, revenue plusieurs fois au rose par ses troisièmes jeux, clin d’œil assumé à ses chemises d’origine ;
  • l’Olympique lyonnais, qui a exploré des combinaisons mêlant violet et rose au début des années 2010.

La logique est presque toujours la même : le rose entre par la porte du maillot extérieur ou du troisième jeu, jamais par celle du domicile. Cette hiérarchie des tenues obéit à des règles précises, expliquées dans notre article sur domicile, extérieur et third.

Pourquoi le rose passe par le troisième jeu

Le règlement encadre d’abord la question. La Loi 4 des Lois du Jeu, publiée par l’International Football Association Board, impose que les deux équipes portent des couleurs les distinguant l’une de l’autre, mais aussi de l’arbitre et de ses assistants ; le gardien doit lui-même se distinguer des joueurs de champ et du corps arbitral. Un club a donc besoin d’au moins deux jeux nettement séparés, et souvent d’un troisième pour les cas de conflit.

Ce troisième jeu constitue l’espace de liberté du calendrier. Il sort moins souvent, il n’engage pas l’identité historique, et il autorise des partis pris graphiques qu’un maillot domicile ne supporterait pas. Le rose y trouve une place logique : il tranche avec la quasi-totalité des dominantes classiques du football, rouge, bleu, blanc, noir, vert, et règle donc les problèmes de contraste au lieu d’en créer.

Un argument technique s’y ajoute. Les captations en haute définition et les éclairages de stade favorisent les teintes franches et bien séparées, parce qu’une nuance timide se lit mal à l’image. Un rose soutenu se distingue nettement d’un rouge sur un plan large, là où un rose trop pâle risque de se confondre avec un blanc jauni par les projecteurs. Les fabricants poussent donc vers des roses saturés dès que la tenue est destinée à la télévision.

Reste la dimension commerciale, rarement dite mais bien réelle. Un troisième jeu se vend d’autant mieux qu’il surprend, et le rose fonctionne comme un signal d’édition limitée. Le rythme annuel des collections en a fait une couleur d’appel plutôt qu’une couleur de fond.

Rose fluo, rose poudré, rose et noir : la nuance change tout

Détail macro d’une maille de polyester rose avec surpiqûres noires

Parler du rose au singulier n’a pas grand sens tant l’écart est large entre un rose fluo et un rose poudré. Le premier, très saturé, appartient au vocabulaire des tenues d’entraînement et des chasubles, où la visibilité prime sur l’élégance. Le second, plus lavé, se rapproche des codes du vêtement de ville et se porte largement hors du stade. Un même club peut proposer les deux en trois saisons, sans que le public y voie la même pièce.

Les associations de couleurs orientent la lecture autant que la teinte elle-même. Trois combinaisons dominent :

  • rose et noir, la plus lisible, héritée de Palerme et reprise par l’Inter Miami sur son jeu extérieur ;
  • rose et bleu, plus douce, qui adoucit le contraste et rappelle les palettes rétro des années quatre-vingt-dix ;
  • rose et blanc, la plus délicate à porter sur un terrain, parce que les deux valeurs se rapprochent sous éclairage artificiel.

Le rose destiné aux gammes féminines et enfants suit une autre logique. La coupe change, la teinte est souvent adoucie, et le catalogue ne reprend pas systématiquement les tenues portées en match. Une pièce annoncée comme rose fille peut donc correspondre à un modèle de fan sans équivalent professionnel, ce qui n’enlève rien à sa qualité mais explique certains écarts de tarif. Vérifier la taille avant l’achat évite l’essentiel des déconvenues, avec la méthode décrite dans notre guide pour choisir sa taille de maillot.

Une dernière confusion mérite d’être levée. Le rose du Giro d’Italie, la fameuse maglia rosa, renvoie à la Gazzetta dello Sport, le quotidien organisateur imprimé sur papier rose. Cette référence appartient au cyclisme et ne dit rien des tenues de football, même si la question revient sans cesse dans les recherches.

Octobre rose a fait du maillot un support de campagne

La couleur a pris une seconde vie en dehors du terrain. Chaque automne, plusieurs clubs français sortent une tenue rose spécifique dans le cadre d’Octobre rose, campagne de sensibilisation au dépistage du cancer du sein. Le RC Lens associe ses joueuses à cette mobilisation avec une tunique événementielle rose depuis 2021, le LOSC engage son effectif féminin auprès du Centre Oscar Lambret, l’AS Monaco a joué en rose face à Nantes au profit d’une association, et Montpellier comme l’AS Saint-Étienne pratiquent l’exercice depuis plusieurs saisons.

Le mécanisme économique est presque toujours identique. Une partie des recettes de vente part vers une structure de lutte contre le cancer, souvent la Ligue contre le cancer à l’échelle départementale, et les maillots réellement portés en match partent aux enchères. Le RC Lens reverse ainsi une part des bénéfices à la Ligue contre le cancer du Pas-de-Calais.

Ces éditions présentent un profil particulier pour qui collectionne. Elles sortent en quantité limitée, elles sont datées avec précision, et les exemplaires portés en match sont identifiables. Ce sont des pièces qui prennent de la valeur documentaire plus vite que les tenues de série. Attention cependant à la réplique commerciale, souvent produite sans lien avec l’opération caritative, et vendue au même prix qu’un maillot ordinaire.

Garder un rose qui ne vire pas

Maillot de football rose étendu à plat sur une étendoir dans une pièce lumineuse

Un maillot rose ne se décolore pas plus vite qu’un autre, mais il rend visible ce que le noir dissimule. La perte de saturation se lit immédiatement sur un rose clair, alors qu’un bleu marine peut perdre autant sans que l’œil le remarque. La vigilance porte donc sur le procédé de teinture plutôt que sur la couleur.

Les maillots actuels sont en polyester, une fibre qui n’accepte que les colorants dispersés, fixés dans la matière sous l’effet de la chaleur, ou l’impression par sublimation, où l’encre passe de l’état solide à l’état gazeux pour s’intégrer à la fibre. Les deux procédés tiennent bien dans le temps, à une condition : la chaleur qui a servi à fixer la couleur peut aussi la relâcher si elle se répète. Les gestes qui comptent tiennent en quelques points :

  • laver à froid ou à trente degrés maximum, jamais au-delà ;
  • retourner le maillot sur l’envers pour protéger flocages et sponsors ;
  • éviter le sèche-linge, qui cumule chaleur et frottement mécanique ;
  • sécher à l’ombre plutôt qu’en plein soleil, les ultraviolets attaquant directement les pigments clairs ;
  • proscrire l’adoucissant, qui bouche les mailles techniques du polyester.

Le flocage demande la même prudence, davantage encore sur fond clair où le moindre décollement se voit. Les règles propres aux numéros et aux noms sont réunies dans notre article sur le floquage de maillot, et le protocole de lavage complet dans celui consacré à laver un maillot sans l’abîmer.

Prochaine étape pour qui hésite devant un maillot rose : vérifier d’abord s’il s’agit d’une tenue réellement portée en match, d’une réplique de gamme ou d’une simple maquette de designer jamais fabriquée. Le prix, la coupe et la valeur future en dépendent bien plus que la teinte elle-même.